2020
24 july - 15 august

Becomming volunteer

The gift of giving

Mais oui, un miracle peut s’expliquer. Celui de Marciac, par exemple. Comment le festival d’un village de 1 350 habitants a-t-il pu acquérir une renommée mondiale ? En transcendant les différences par des valeurs communes d’engagement et de solidarité. Un état d’esprit que partagent chaque été 950 bénévoles, et qui s’étend à tous les acteurs de JIM.

Le cœur du réacteur de Jazz in Marciac, c’est la musique. Mais, dans le fond, elle ne représente qu’un aimable prétexte…

Devenir benevole

 

Même s’il n’est pas interdit de percevoir un brin de provocation dans cette déclaration de Jean-Louis Guilhaumon, on aurait tort de l’éluder. Elle souligne qu’audelà du plaisir que procurent les concerts du festival, il existe un plaisir aussi grand, et peutêtre encore plus, celui de se rassembler autour de valeurs humaines fondamentales.

Cet état d’esprit existait dès le début. N’oublions pas que le festival est né en 1978 au sein du Foyer des Jeunes et d’Éducation Populaire. Et si personne n’imaginait à l’époque le fabuleux destin de la manifestation, celle-ci s’est construite sur le socle de la passion, de la conviction, de l’entraide et de l’engagement désintéressé, en un mot du bénévolat. À présent, accueillies à bras ouverts par Michèle Gauté et Sandrine Bordes, 950 personnes s’investissent sans compter pour 
le bien-être des festivaliers et des artistes. Les deux-tiers reviennent chaque année, et le vivier ne risque guère de se tarir : pour le quarantième anniversaire de JIM, l’afflux de candidatures a été si important qu’il a fallu choisir. Les jeunes forment la plus grande part de ces forces vives mais elles brassent tous les âges et toutes les catégories sociales.

 

Un monde sans frontières 

Les origines aussi sont diverses. Marciacais et autres Gersois sont nombreux, cela va sans dire, mais, de la Bretagne à la région parisienne en passant par l’Est et la Provence-Alpes-Côte d’Azur, tous les coins de France alimentent les troupes. Et l’on doit même déployer le planisphère pour poursuivre le recensement : Espagnols, Italiens, Anglais, Allemands, Américains du Nord ou du Sud… Le monde des bénévoles ne connaît pas de frontières. Le mode d’emploi ? 

Pour les anciens, explique Michèle Gauté, on envoie fin février, début mars un appel à candidature énumérant toutes les sections d'activités. Ils nous transmettent en retour leurs souhaits et leurs disponibilités. Les nouveaux, eux, nous contactent par mail. Il est préférable qu’ils se manifestent assez tôt pour qu’on puisse prendre leurs préférences en compte.

Servir au bar ou au restaurant, contrôler les billets, placer les spectateurs, vendre les programmes, accueillir les invités et les partenaires, s’occuper des journalistes, servir de chauffeur pour les déplacements, veiller à la propreté du site (le domaine des « Brigades vertes »), collaborer à la régie structure pour dresser des bâches ou disposer les chaises… Les tâches sont à la fois prenantes et multiples. Elles n’empêchent cependant pas de profiter du spectacle : munis de leur badge, les bénévoles peuvent assister à tous les concerts en fonction de leurs disponibilités. On s’arrange évidemment pour que personne ne soit lésé. 

Ce qui plaît avant tout, assure Michèle Gauté, c’est l’ambiance. Les bénévoles reviennent à Jazz in Marciac pour les échanges, les brassages.

Des échanges qui peuvent se poursuivre hors festival : Jean-Louis Guilhaumon a marié plusieurs couples qui se sont constitués entre bénévoles. 

À ce propos, comment rester insensible à ce conte de fées marciacais ? Il était une fois, une jeune femme victime d’un chagrin d’amour. Pour lui changer les idées, son frère proposa sa candidature à JIM. Munie d’un permis de conduire et possédant l’anglais, elle possédait tous les atouts pour devenir chauffeur. L’un de ses collègues lui parut particulièrement charmant… Partageaient-ils le camping près du lac dédié aux bénévoles ? Le conte ne le dit pas, mais ils se marièrent et eurent deux beaux enfants. 

 

Des relations solides 

C’est ainsi : en tant que bénévole, on vit des choses très fortes et l’on collectionne de très beaux souvenirs. Vladimir Druel ne nous démentira pas. Ce fidèle parmi les fidèles a commencé à œuvrer pour le festival alors qu’il suivait le programme d’initiation au jazz du collège de Marciac. Désormais chef de clinique en médecine générale, chercheur à l’oncopole de Toulouse et médecin libéral, il se transforme chaque été en chef placeur : 

J’ai commencé par m’occuper des repas des partenaires puis je suis devenu placeur avant de diriger l’équipe. Nous accueillons les festivaliers et nous les accompagnons à leur place sous le chapiteau. Les portes sont ouvertes de 20h à 21h. Ensuite, on ne laisse entrer les gens qu’entre les morceaux, pour qu’ils ne dérangent personne.

 Guider les spectateurs, vendre les glaces, ranger, faire les comptes… Le travail est intense mais on profite en partie des concerts et l’on crée des relations solides : « Les échanges entre bénévoles sont très chouettes ! se réjouit Vladimir Druel. 

 On parle beaucoup de musique et on partage les mêmes valeurs. Personnellement, je n’ai suivi aucun festival sans être bénévole et, si je reviens chaque année, c’est autant pour retrouver la grande famille marciacaise que pour le jazz.

On pourrait multiplier les témoignages de cet ordre. Mais le plus remarquable est que ce sentiment d’appartenance à une même communauté se diffuse bien au-delà des bénévoles. Il concerne tous les acteurs de JIM, des festivaliers aux partenaires, ce qui ne saurait étonner Jean-Louis Guilhaumon : « La manière – avec le cœur, avec l’amour – dont les choses sont mises en œuvre retentit sur l’atmosphère générale et crée un lien entre les personnes, se félicite cet infatigable militant associatif. Ici, on ne se contente pas de vendre du billet ; on entoure de soins, au sens anglais du « care », et les gens se sentent pris en compte. Ils ne participent pas à Jazz in Marciac de la même façon qu’ils le feraient ailleurs avec la même programmation. Si l’on n’a pas compris cela, on passe à côté du festival. » Ce qui serait pour le moins dommage… 

Anne Péméja