Depuis son coma, il joue bien mieux. C’est Fred Hersch lui-même qui le dit ! Ressuscité après deux mois d’inconscience liée au VIH en 2008, le grand pianiste américain croque son art à pleine dent. Avant ce drame, il était déjà une figure culte et vénérée de son instrument, ayant même parmi ses élèves un certain Brad Mehldau qui n’a d’ailleurs jamais cessé de louer ses préceptes. Unanimement respecté pour la qualité inaltérable de sa musique comme pour ses combats (séropositif depuis 1984, contraint de composer au jour le jour avec la maladie, il milite pour la recherche contre le VIH et demeure engagé en faveur des droits des homosexuels), Fred Hersch est une légende vivante du jazz. En trio, sa formation de prédilection, le pianiste peut développer tant la poésie de son jeu que le lyrisme de ses improvisations. Accompagné de Drew Gress à la contrebasse et Peter Eskrine à la batterie, le trio mêle influences jazz et latines. Au fil des années surtout, il épure son style et impose la beauté d’un piano dignement hérité de celui de Bill Evans à qui on l’a souvent comparé mais dont il a su se détacher de l’influence pour imposer sa poésie propre. Assister à un concert de Hersch, c’est surtout la garantie de goûter à un jazz raffiné mais jamais ampoulé. Un jazz juste beau et sur lequel l’air du temps ne peut que glisser…
- Fred Hersch (piano) Drew Gress (contrebasse) Peter Erskine (batterie)
- fredhersch.com
À seulement 26 ans, Samara Joy n’est plus une simple promesse du jazz, mais bien une artiste dont le talent transcende les genres. Sa dernière victoire aux Grammy Awards confirme qu’elle est en train de redéfinir ce que peut être une carrière jazz aujourd’hui, loin des clichés et bien au cœur de la scène musicale mondiale. Quel que soit le matériau thématique, Samara Joy délivre la plus parfaite mais aussi la plus créative des interprétations, respectant la mélodie puis la transfigurant par des méandres insoupçonnés ou des tenues de notes dignes des grandes divas de l’opéra, poussant sa tessiture jusqu’aux aigus les plus piégeux, tout en restant une « libre joueuse » droite dans ses escarpins. Sa facilité est confondante, témoin sa version de "Reincarnation Of A Lovebird", thème magnifique mais réputé inchantable de Charles Mingus. Elle l’a fait : c’est la chanteuse de la décennie.